L'accompagnement

Accompagner une personne handicapée c'est permettre à la personne que le hasard de la vie a stigmatisée d'aller vers une condition de sujet reconnu et de jouer pleinement un rôle dans la société. L'accompagnant aide le résidant à se maintenir dans des rôles valorisés et responsabilisés. Il contribue à développer de nouvelles compétences sociales en fonction de l'évolution de l'âge et du handicap du résidant. Il favorise l'autonomie du résidant.

L'accompagnant aide le résidant à se construire ou à se reconstruire une identité sociale dans son milieu écologique institutionnel et social. La notion de handicap induit la notion de stigmate tel que conceptualisé par E. Goffman. C'est à partir de cette notion que l'accompagnant définit son action.

Le stigmate, appelé aussi faiblesse ou handicap, jette un discrédit sur la personne. Cette dévalorisation n'est pas inhérente à la personne handicapée mais résultante du regard de l'autre. La personne stigmatisée s'adapte à son nouveau rôle dévalorisé.

Le rôle de l'accompagnant consiste à aider le résidant à se construire une « nouvelle » identité sociale valorisée à partir de son milieu. L'identité sociale est une notion qui englobe le statut social, le prestige social, les attributs structuraux telle que la profession tout en y incluant des attributs personnels (qualités/défauts).

La Valorisation des Rôles Sociaux, conceptualisée par W. Wolfensberger, détermine l'action de l'accompagnant. Il va choisir des moyens culturellement valorisés pour impliquer le résidant dans une vie sociale. Ainsi, le résidant développe de nouvelles compétences sociales.

Les compétences sociales sont les capacités du résidant à prendre connaissance de son milieu social, de son entourage et d'y réagir de manière appropriée. Il tiendra compte des normes socioculturelles, de sa santé physique et psychologique (son bien-être) et des valeurs éthiques de la société où il évolue.

Les compétences sociales se distinguent des comportements adaptatifs :

 

Comportements adaptatifs Compétences sociales
développement et maintien des compétences physiques (sect. soins) comportements interpersonnels
indépendance fonctionnelle (sect. soins)
activité professionnelle (sect. atelier)
comportements dirigés vers soi (respect de soi, analyse des sentiments, auto-évaluation)
assertion (capacité d'exprimer ses sentiments, émotions pensées)
acceptation par les pairs
conduites de communication

 

Le travail de l'accompagnant s'inscrit dans le modèle d'écologie humaine d'U. Bronfenbrenner. L'accompagnement individualisé est réalisé par les référents.

Les relations individualisées et de groupe (entretien, dialogue, groupe de discussion, de réflexion), l'occupation des résidants avec un handicap important en atelier et l'animation (loisirs) sont les principales formes que prend l'accompagnement.

L'accompagnant veille à intégrer le résidant dans un environnement proche de la normalité et respecte les activités liées aux différents groupes d'âges des résidants. Il doit offrir à la personne handicapée un contexte sécurisé.

Les moyens utilisés par l'accompagnant font partie du dossier du résidant où sont notamment définis les objectifs annuels. Les objectifs font l'objet d'un contrat de type « contrat pédagogique ». Les référents veillent à ce que chaque objectif trouve une réelle validation écologique. L'IQ leur permet d'évaluer annuellement la qualité de vie des résidants. De même les bilans et évaluations intermédiaires évaluent les compétences sociales déficitaires, acquises ou en voie d'acquisition.

Enfin, l'accompagnement spirituel est réalisé selon les besoins de chaque résidant. Un prêtre ou un autre membre de l'Eglise vient régulièrement célébrer une messe ou autre célébration.

 

Les ateliers

Les ateliers d'occupation Valais de Cœur ont une double fonction. D'une part, ils offrent des places de travail et, d'autre part, ils permettent d'occuper des personnes ayant un handicap physique à des activités créatrices et individualisées dans un lieu d'intégration sociale valorisé.

Un lieu de travail

Le travail fait partie intégrante de la qualité de vie d'une personne. Il lui permet de s'accomplir, de prendre conscience de son savoir-faire et de ses compétences. Il procure à l'individu une autonomie. Malgré le handicap et les nombreuses dépendances que celui-ci entraîne, le travail permet au résidant de s'affranchir des autres.

Par le travail, le résidant trouve la motivation et le sentiment d'exister, d'être utile, de créer, de produire quelque chose et d'être ainsi une personne comme une autre.

Dans ce sens, le but des ateliers est d'offrir aux résidants un espace et des postes qui reproduisent les schémas du monde professionnel, tant par la structure et le cadre qui doivent y être respectés (rythme de travail, qualité de travail, respect des horaires, etc.) que par les activités proposées. Celles-ci sont créatives, diversifiées, valorisantes et portent des objectifs clairement définis par les MSP, en collaboration avec le résidant. Elles peuvent être de types artisanales et/ou administratives.

Les ateliers Valais de Cœur offrent aux résidants une identité sociale et professionnelle. Par ce biais, les résidants ont un statut socialement valorisé puisque aujourd'hui encore le travail demeure le grand intégrateur social. Une des finalités de ce statut de travailleur est de compenser le handicap de sorte que le résidant ne soit plus exclu par son handicap mais accepté et respecté par la société. Enfin, une rémunération équitable et proportionnelle au travail accompli a valeur de reconnaissance professionnelle et personnelle.

Les ateliers Valais de Cœur sont des ateliers-boutiques où les objets sont exposés dans les vitrines et vendus directement à la clientèle. Cette démarche contribue à une réciprocité relationnelle entre le consommateur et l'artisan. De même, la recherche de travaux externes et la collaboration directe des résidants impliqués avec les entreprises concernées représente une relation de partenariat où les deux acteurs sociaux sont sujets. Cette collaboration est un moteur d'encouragement pour les personnes.

Prioritairement, l'atelier sera donc fréquenté par les personnes dont les compétences permettent un travail régulier et dont le taux de présence sera relativement important.

Un lieu d'occupation

Les ateliers sont également ouverts aux personnes dont une activité de type travail n'est pas possible. Pour les résidants présentant des handicaps plus graves, l'atelier a avant tout une fonction d'intégration. La Valorisation des Rôles Sociaux exige que toute personne souvent dévalorisée par son handicap ait la possibilité de s'intégrer dans des lieux valorisés, notamment dans des lieux de travail. Le résidant sort de son lieu de vie pour se rendre sur son poste de travail. Via le déplacement vers l'extérieur, il rencontre du monde et participe à la vie du quartier dans lequel est intégré l'atelier. La sortie hors du foyer entraîne également le soin apporté à son apparence physique, vestimentaire et par-là le sentiment de soi de la personne.

Pour les personnes dont une activité de type travail n'est pas possible, des activités d'occupation et d'animation sont offertes à l'atelier, selon des horaires et une organisation établis entre les secteurs atelier et accompagnement.

Quand bien même le travail n'est pas ici la raison de la présence aux ateliers et que la participation ne soit pas automatiquement synonyme de rémunération, le même soin de diversité, de qualité, de valorisation des activités proposées sera apporté. L'occupation proposée est individualisée et adaptée à l'âge des participants.

 

Les soins

Les foyers Valais de Cœur sont des structures non médicalisées n'ayant pas de médecins leur étant rattachés. Chaque résidant a son propre thérapeute (médecin, psychologue, psychiatre, physiothérapeute, etc.). Les équipes de soins formées d'infirmières et d'aides-soignants assurent le suivi médical des résidants dans des situations stables. Les soins infirmiers relèvent de techniques traditionnelles de prise en charge selon les dispositions prévues par les centres de formation.

Les soins infirmiers sont appréhendés dans une triple dimension bio-psycho-sociale.

Biologique

La dimension biologique représente la part pratique des soins et relève de la satisfaction des besoins fondamentaux. Elle consiste essentiellement en des tâches de soutien et de suppléance dans les actes de la vie quotidienne. Il s'agit en l'occurrence de l'acte technique qui prodigue le soin physique : soins de base, hygiène, maintien de la santé, prévention, adaptation des soins en fonction de la péjoration de l'état de santé, etc.

Le soin n'est pas un acte mécanique, c'est une démarche professionnelle dans laquelle le résidant est considéré dans son entité physique et humaine. La manière dont il est prodigué le valorise. L'acte soin est intégré dans une philosophie de respect de la personne, de son rythme, de l'intimité de sa sphère privée.

Par le biais des moyens d'évaluation que sont les diagnostics infirmiers, on mesure quel est le degré d'assistance médicale nécessité relativement à l'altération de l'état de santé du résidant.

Psychologique

La dimension psychologique intègre trois modèles de soins pouvant s'adapter invariablement à toute personne :

  • la modification du concept de soi par l'acceptation de vivre avec le handicap (C. Roy) : le handicap intervient comme un bouleversement fondamental dans la vie d'une personne. Tout est chamboulé : perte des actes physiques de base, altération de la personnalité, modification de l'estime de soi, vie professionnelle, sociale etc. Parallèlement, le handicap engendre une dépendance à un environnement soins auquel la personne va devoir s'adapter. L'enjeu des professionnels est d'accompagner le résidant dans cette démarche d'acceptation et d'adaptation du handicap et du contexte soins qu'il lui impose.
  • l'attention centrée sur la personnalité du résidant qui reçoit des soins de santé (Peplau) : la prise en charge de la personne considère non seulement la technique du soin mais la philosophie dans laquelle le soin est prodigué. L'accompagnement du résidant, l'écoute de ses attentes et inquiétudes, le respect de sa sphère privée et de son intimité, son autonomie et sa capacité à réaliser les actes liés à sa toilette, etc. sont autant de paramètres incontournables du travail des collaborateurs des soins.
  • l'orientation des actions de soins du résidant vers le résidant pratiqué par soi- même ou pour soi-même (Orem) : une attention particulière est accordée à l'autonomie du résidant dans l'accomplissement des soins. Valoriser une personne handicapée, par définition péjorée dans son être, c'est lui conférer le maximum de liberté et d'autonomie dans la prise en charge de son corps. Tout ce qui peut être entrepris par lui-même est donc fait par le résidant. Le soignant est présent pour accompagner, pour aider, non pas pour faire à la place de la personne. Par cette démarche, le résidant est encouragé à conserver ses acquis. L'identité, l'image de soi, et l'estime de soi en sont d'autant valorisées.

Sociale

La dimension sociale enfin qui intègre l'environnement de la personne, environnement sur lequel la personne agit mais qui, de son côté, agit en retour sur la personne, lui permettant d'aider à retrouver un bien-être en soi, une valorisation de soi. Le rôle des intervenants extérieurs (médecin, physiothérapeute, psychlologue, etc.), en collaboration étroite avec les collaborateurs du secteur soins, est un moteur d'évolution de chacun.

La famille, les proches, intervenants directs de cet environnement, sont également intégrés dans les processus de soins des résidants. L'information permanente, le contact régulier, la collaboration de ces tiers, participent de la qualité des prestations et de l'accompagnement offert par le secteur soins et s'inscrivent dans une politique de partenariat.